Quel bilan faites-vous de l’année écoulée sur la conjoncture agricole ?

La conjoncture des filières agricoles, reste très contrastée.

Les céréaliers subissent un véritable effet ciseau, avec des prix peu rémunérateurs depuis trois ans, alors que les charges continuent d’augmenter fortement.

La viticulture traverse, quant à elle, une crise structurelle, accentuée par les tensions géopolitiques qui pénalisent ses exportations.

En élevage, globalement les prix ont été bons en 2025, même si nous observons depuis le début de l’année, des inversions de tendance qui appellent à la vigilance.

Cette vigilance doit également rester forte sur le plan sanitaire. L’apparition de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) l’été dernier, a constitué un véritable choc pour les éleveurs.

Nous pouvons néanmoins saluer la stratégie du gouvernement, fondée sur l’expertise scientifique, qui a permis de contenir l’épidémie rapidement.

Sur le plan climatique, les conditions difficiles de cet hiver, marquées par des inondations et d’importantes chutes de neige, ont mis à l’épreuve la résilience des exploitations.

Malgré cela, les semis et la mise en place des cultures d’hiver se sont déroulés de manière satisfaisante, démontrant la capacité d’adaptation des agriculteurs.

Enfin, au niveau international, les tensions géopolitiques, notamment le conflit en Iran, ont entraîné une hausse significative des coûts de l’énergie et des intrants. Cela souligne notre dépendance et renforce la nécessité de consolider notre souveraineté alimentaire.

Dans ce contexte, quelle est votre vision du financement de l’agriculture de demain ?

Pour la Fédération du Crédit Mutuel Agricole et Rural, l’enjeu est de promouvoir des modèles agricoles à la fois économiquement viables et durables.

La robustesse économique des exploitations et des filières, dépendra en grande partie du renforcement de la souveraineté européenne et française, en matière de production d’énergie et d’intrants.

De notre point de vue, l’agriculture de demain se résume en trois mots indissociables : productivité, compétitivité et durabilité.

Ces trois piliers définissent les modèles agricoles, que nous nous engageons à accompagner financièrement.

Le Crédit Mutuel, en tant que deuxième banque de l’agriculture et de l’agroalimentaire, joue un rôle majeur dans l’accompagnement des transitions et des défis auxquels le secteur agricole est confronté.

Nos objectifs restent clairs : nourrir nos concitoyens, faire vivre nos territoires et garantir une rémunération digne aux agriculteurs.

Quels sont les sujets sur lesquels vous portez une attention particulière ?

Pour la Fédération du Crédit Mutuel Agricole et Rural, trois sujets clés, méritent une attention particulière dans le développement des financements, accordés par notre groupe bancaire.

Premièrement, l’attractivité du métier et le renouvellement des générations qui sont indispensables à la pérennité et à l’avenir de l’agriculture.

Deuxièmement, l’élevage joue un rôle décisif dans la durabilité de notre agriculture.

Il nécessite des investissements lourds, ainsi qu’un accompagnement spécifique, face aux enjeux sanitaires, sociétaux et environnementaux.

Enfin, la diversification peut constituer, un véritable levier de création de valeur ajouté.

Les filières non alimentaires — comme la biomasse, la bioénergie, les matériaux biosourcés ou encore la chimie verte — participeront pleinement au dynamisme économique des territoires.

Nous défendons ainsi, la vision d’une agriculture entrepreneuriale et plurielle : plurielle dans ses productions, plurielle dans ses modes de production et plurielle dans les profils des agriculteurs et des agricultrices.