Question 1 - L'occasion de faire un retour sur 2025.
Quels faits marquants retenez-vous de l'année 2025 ?

2025 restera comme une année charnière, marquée par une conjoncture agricole contrastée et des bouleversements géopolitiques déstabilisants.

Au niveau de la conjoncture, céréaliers et viticulteurs ont subi une nouvelle année de crise profonde dues à des baisses de consommation et des fermetures de marché. Côté production animale, la situation a été globalement plus favorable, mais les prix sont en baisse en production porcine et laitière en ce début d’année 2026.

Plus que jamais la géopolitique a été au centre des échanges internationaux agricoles. L'enjeu stratégique de l'accès ou de la limitation des accès aux matières premières a cristallisé les tensions entre grandes puissances agricoles et entraînant une redistribution des cartes. Chaque grande puissance entretient désormais une ambiguïté stratégique, entre ouverture à l’international et hausse des droits de douane. L’agriculture est bien souvent au centre de ces négociations entre blocs avec des conséquences potentiellement fortes sur l’organisation de nos filières et la rentabilité de nos fermes.

2025 marque également l'apparition d'une nouvelle maladie sur le territoire : la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC). Le protocole sanitaire strict imposé par les autorités scientifiques pour endiguer l'épidémie a suscité polémiques et surenchère médiatique. Force est de constater que la discipline sanitaire a permis d'en limiter sa propagation. La multiplication de ces crises sanitaires en production animale, en lien avec le réchauffement climatique, fait peser une nouvelle épée de Damoclès au-dessus de la tête de chaque éleveur. Cette capacité collective à prévenir et gérer les crises sanitaires devient un enjeu majeur de résilience et de compétitivité des filières animales.

Question 2 - Plusieurs manifestations agricoles ont ponctué l'année 2025.
Que nous disent ces expressions de colères ?

Les raisons de la colère sont multiples : surcharge administrative, gestion de la crise sanitaire, sentiment de concurrence déloyale, projet d’accord UE-Mercosur... Dans un contexte de fortes tensions géopolitiques internationales, les agriculteurs souffrent d‘un manque de visibilité et de perspectives. Ni la France, ni l’Europe ne leur apportent aujourd’hui un cadre suffisamment lisible et protecteur pour exercer leur métier sereinement et investir dans leur avenir.

Ces mouvements syndicaux traduisent aussi une fracture et un sentiment d'incompréhension du monde agricole.

D'un côté, les sondages d'opinion expriment un soutien fort aux agriculteurs, à leur travail, et à la nécessité d’une meilleure rémunération de leur travail. D'un autre côté, ils peuvent être vivement stigmatisés comme cela a été le cas à travers la pétition contre la loi du Duplomb.

Dans ce contexte, renouer le dialogue devient de plus en plus essentiel.

Question 3 - Quelle est votre vision de l’agriculture de demain ?

La France, première puissance agricole européenne, fait face à un triple défi : nourrir une population croissante, répondre aux attentes sociétales en matière de durabilité et préserver sa compétitivité face à la concurrence européenne et internationale.

Comme beaucoup, je m’alarme des résultats de la balance commerciale 2025 avec un résultat proche de zéro. Si on retire les résultats positifs des vins et spiritueux, notre balance commerciale alimentaire est déficitaire depuis de nombreuses années et ce déficit se creuse, notamment vis-à-vis des autres pays européens. Il faut trouver un chemin pour retrouver cette souveraineté alimentaire perdue et pour bâtir des filières compétitives et résilientes. Nous sommes à la croisée des chemins, l'agriculture française de demain devra allier productivité, compétitivité et durabilité pour retrouver sa place en France, en Europe et dans le monde.

La souveraineté agricole passe par la robustesse économique des exploitations et des filières, essentielle pour attirer les jeunes générations et demeurer compétitifs sur les marchés mondiaux.

La fédération du Crédit Mutuel Agricole et Rural défend une vision entrepreneuriale et plurielle de l’agriculture (plurielle dans ses productions, dans ses modes de production, dans ses profils d’exploitants).